Je suis née à Sherbrooke et je suis arrivée en Ontario en 1999. En 2006, je suis entrée au Conseil scolaire catholique MonAvenir comme secrétaire d’école.
C’est de là que je viens. Et, encore aujourd’hui, c’est ce qui guide ma façon de représenter les membres.
Je connais le travail dans une école parce que je l’ai fait. Je connais les journées où tout arrive en même temps, les responsabilités qui s’ajoutent sans nécessairement disparaître ailleurs, les descriptions de tâches qui ne suivent pas toujours la réalité, et cette impression que le travail du personnel de soutien est essentiel… mais trop souvent invisible.
Tout comme les enseignants d’ailleurs, nous exerçons des fonctions différentes, mais nous partageons plusieurs des mêmes défis : la surcharge de travail, le manque de reconnaissance, les enjeux de santé et de sécurité et le besoin d’être entendus et respectés.
Un an après mon arrivée, je suis devenue agente de liaison de mon lieu de travail. On m’a tapé sur l’épaule!!! On m’a invitée à faire partie de l’équipe!!!
Puis les responsabilités se sont succédé : trésorière en 2008, vice-présidente en 2010, présidente d’unité en 2011 et coprésidente du District 32 la même année. Depuis 2009, je siège également comme conseillère provinciale et déléguée à la RAAP.
Mais les titres racontent seulement une partie de l’histoire.
Vingt ans à apprendre des membres
Depuis près de vingt ans, mon véritable apprentissage se fait aussi au téléphone, autour d’une table de négociation, dans une école, pendant une enquête, devant un grief ou simplement en écoutant un membre qui ne sait plus vers qui se tourner.
- Une aide-enseignante à qui l’on confie des responsabilités qui dépassent sa classification.
- Une secrétaire à qui l’on ajoute encore une nouvelle tâche.
- Une EPE qui attend que l’équité salariale devienne enfin une réalité.
- Une bibliotechnicienne dont le travail évolue sans que sa classification évolue avec lui.
- Un membre convoqué à une enquête qui a besoin de savoir que quelqu’un sera là.
C’est là que le syndicalisme prend tout son sens pour moi.
Notre travail ne consiste pas seulement à connaître une convention collective. Il consiste à comprendre ce que cette convention représente dans la vie quotidienne d’un membre — et à savoir quoi faire lorsqu’elle n’est pas respectée.
L’expérience de terrain. La formation. La gouvernance.
J’ai toujours cru qu’une bonne représentante syndicale devait réunir les trois.
Au fil des années, j’ai donc poursuivi ma formation en parallèle de mon travail syndical : formation collégiale en finances, certificat universitaire en gestion, formation en plaidoyer, formation en gestion et résolution des conflits, ainsi que le programme du Labour College of Canada, dont je suis diplômée.
J’ai aussi développé une expérience importante en gouvernance, en négociation collective, en gestion financière, en santé et sécurité, en médiation, en administration de conventions collectives et en représentation des membres.
À OSSTF/FEESO, j’ai participé au fil des années à de nombreux comités provinciaux, groupes de travail et groupes aviseurs. Cette participation m’a permis de connaître notre Fédération de l’intérieur : ses structures, son fonctionnement, ses forces, mais aussi les endroits où nous pouvons continuer à faire mieux.
Et j’y ai toujours apporté la même perspective : celle des membres qui font fonctionner nos écoles chaque jour.
Une voix francophone, partout dans la Fédération
Être francophone en Ontario m’a également appris quelque chose d’essentiel : notre réalité ne s’arrête pas aux frontières d’un district.
Les membres francophones d’OSSTF/FEESO sont présents partout dans la province. Leur voix doit donc être entendue partout dans notre Fédération.
Au fil des années, j’ai travaillé pour que cette réalité soit davantage comprise et intégrée dans nos structures, nos communications et nos décisions.
Pour moi, défendre la francophonie ne signifie pas travailler en marge de la Fédération. Cela signifie faire en sorte que tous nos membres puissent pleinement se reconnaître dans leur Fédération.
Plus de 130 lieux de travail. Des centaines de réalités. Une même solidarité.
Le District 32 d’OSSTF/FEESO représente des membres travaillant auprès de trois employeurs : le Conseil scolaire catholique MonAvenir, le Conseil scolaire Viamonde et le Consortium de transport scolaire Francobus.
C’est un territoire immense, comparable à la superficie de la Belgique, qui s’étend sur une grande partie du centre et du sud de l’Ontario. Plus de 130 lieux de travail, des centaines de kilomètres à parcourir et, surtout, une multitude de réalités professionnelles et humaines.
Nos membres occupent des fonctions aussi diverses qu’essentielles : aides-enseignantes et aides-enseignants, éducatrices et éducateurs de la petite enfance, secrétaires, personnel administratif, bibliotechniciennes et bibliotechniciens, personnel informatique, travailleuses et travailleurs sociaux, orthophonistes, personnel en animation culturelle et pastorale, personnel du transport scolaire et bien d’autres classifications.
Mais la portée du District 32 va bien au-delà de ses lieux de travail.
Le District 32 est affilié à plus de 15 conseils du travail et son territoire englobe 55 circonscriptions électorales, sans compter les nombreuses municipalités et les différents conseils scolaires avec lesquels nous devons interagir.
Cette réalité exige bien plus qu’une connaissance des conventions collectives. Elle demande une compréhension des enjeux politiques, économiques et communautaires, ainsi qu’une capacité à établir des relations, à bâtir des alliances et à faire entendre la voix de nos membres auprès de multiples instances décisionnelles.
Derrière chaque titre d’emploi se trouvent des personnes qui contribuent quotidiennement au bon fonctionnement de nos écoles et de nos services éducatifs.
Représenter un territoire aussi vaste m’a appris une chose fondamentale : il n’existe pas une seule réalité syndicale.
Les défis varient selon les régions, les employeurs, les classifications et les milieux de travail. Les besoins d’un membre dans une petite école rurale ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux d’un membre travaillant dans un grand établissement urbain. Pourtant, tous méritent la même écoute, le même respect et la même qualité de représentation.
Cette expérience m’a appris à regarder au-delà des frontières géographiques et des classifications professionnelles, à comprendre les différentes réalités et à chercher ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous distingue.
Elle m’a également appris que la représentation syndicale ne s’arrête pas aux portes de nos écoles et de nos lieux de travail. Elle se poursuit dans nos communautés, auprès des conseils du travail, des municipalités, des conseils scolaires et des représentantes et représentants politiques. C’est en occupant ces espaces et en développant des solidarités que nous pouvons véritablement influencer les décisions qui touchent nos membres.
Parce que la force d’une fédération ne se mesure pas uniquement au nombre de membres qu’elle représente, mais à sa capacité de faire entendre chacune de leurs voix, peu importe leur fonction, leur employeur ou leur lieu de travail. Il ne faut pas perdre de vue ce qui nous rassemble.
Le respect du travail de tous et chacun.
La reconnaissance de leur valeur.
La protection de leurs droits.
Et une Fédération présente lorsqu’ils en ont besoin.
Du District 32 à toute la province
Aujourd’hui, je veux mettre cette expérience au service d’une représentation encore plus large.
OSSTF/FEESO, ce sont des membres partout en Ontario.
Des membres du personnel enseignant et du personnel de soutien. Des francophones et des anglophones. Des membres de grandes communautés urbaines comme de régions rurales ou plus éloignées. Des professions, des classifications, des conventions collectives et des réalités différentes.
Personne ne devrait avoir à entrer dans une seule case pour avoir sa place dans notre Fédération.
Mon parcours m’a menée de mon poste de secrétaire d’école au District 32, puis aux nombreuses instances, comités, groupes aviseurs et groupes de travail provinciaux auxquels j’ai participé au fil des années.
À chaque étape, mon territoire s’est agrandi.
Ma façon de représenter, elle, n’a pas changé : aller vers les membres, écouter, comprendre et agir.
Aujourd’hui, je suis prête à élargir encore ce territoire.
Du District 32 à l’ensemble de l’Ontario.
Non pas pour m’éloigner du terrain, mais pour apporter cette connaissance du terrain à la table provinciale.
Parce qu’une Fédération forte se construit à partir de ses membres. Des membres qui doivent savoir qu’ils sont vus, entendus, respectés et représentés — peu importe leur profession, leur classification, leur langue ou l’endroit où ils travaillent en Ontario.